mardi 4 novembre 2008

La salle d'eau.

"Allez vous-en! Je suis bien capable de me débrouiller seule pour me lever!" s'exclama la jeune fille d'une voix dure.
"Bien maîtresse Gwëll", répondit l'une des servantes, car il fallait pour que les domestiques se retirent que l'ordre soit énoncé clairement et qu'il aie reçu une réponse. Enfin la jeune fille se retrouva seule. Gwëll était une grande fille brune de la race des Aryas raffinés et maîtres de beauté mais elle descendait des Kèrrs par son grand-père et possédait la robustesse de ce peuple de guerriers nomades dévoués à la Plaine et à la Mer. Elle allait sur son seizième printemps et son corps gardait encore la carrure androgyne des adolescences sous les courbes harmonieuses de la féminité. La jeune fille s'arrêta sur le seuil de la salle d'eau tentée par les volutes de vapeur qui s'élevaient du bain. C'était une grande pièce lumineuse aux murs carrelés de porcelaine opaline éclairée par de grands vitraux aux arabesques pastelles; le sol était ornée d'une mosaïque représentant la naissance de la nymphe Agnëss, divinité des ruisseaux, et le bassin central s'y encastrait parfaitement. Une rangée de miroir reflétait la lumière des fenêtres, illuminait la pièce et démultipliait à l'infini le reflet du corps nu de la jeune fille. Celle-ci pénétra dans la pièce avec une inspiration déterminée et se dirigea d'un pas vif vers le jet d'eau du mur dextre, rejetant la tête en arrière elle laissa l'eau ruisseler sur son visage. Elle frissonna lorsque le liquide glacé atteignit le creux de ses reins puis se détendit et apprécia la douche froide, une éducation sévère l'avait habitué aux ablutions matinales gelées et elle répugnait, même au palais, à se précipiter dans la chaleur du bain sans avoir fortifié son corps. Au bout de quelques minutes elle s'écarta du jet et comme elle s'en éloignait son intensité diminua jusqu'à sa disparition complète. Elle se dirigea d'un pas souple vers les miroirs et, de profil les mains sur les hanches, elle admira la cambrure de son dos. Puis elle se redressa et fit face à la glace. L'eau qui ruisselait de ses cheveux glissait sur sa gorge jusqu'aux pointes durcies par le froid de ses seins, les mains en coupe elle les soupesa et s'amusa à observer leurs courbes en les soulevant et à affirmer leurs rondeurs. Elle éclata de rire et laissa ses bras le long de son corps pour affronter son reflet, épaules en avant et cou tendu, avec une moue dédaigneuse sur le visage. L'instant d'après elle secouait la tête, moqueuse, et se tira la langue. Alors opérant un demi-tour élégant elle jeta un coup d'œil en arrière et administra une grande claque à ses fesses pour en éprouver l'élasticité. Satisfaite de l'arrondi parfait de sa croupe musclée elle s'avança enfin vers le bassin fumant.
L'eau bouillonnait car, à l'instar d'une source naturelle, le bain était alimenté par le fond. La mosaïque et les vitraux donnait ce jour-là une teinte rosée à l'eau. Gwëll s'agenouilla au bord du bassin et trempa prudemment un pied dans l'eau avant d'y enfoncer la jambe avec délectation. La chaleur brulait agréablement sa peau glacée et elle frissonna de plaisir avant de s'immerger totalement. Vidant l'air de ses poumons elle laissa son corps couler et s'étendre au fond de la baignoire, les yeux grands ouverts elle contempla les jeux de lumière à la surface avant de se redresser pour reprendre son souffle. Revenue à l'air libre elle alla s'assoir sur les marches qui permettaient, une fois encore, une entrée plus orthodoxe que la sienne dans le bain. La tête appuyer sur le plus haut degré, les yeux clos, elle entrepris de faire le point sur la situation.

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